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Cette fin d’année deux mille six est différente de toutes les autres : à l’annonce d’un début d’épidémie de grippe aviaire en France, les habitants des villes comme ceux des campagnes redoutent pour leur vie.
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Cette fin d’année deux mille six est différente de toutes les autres : à l’annonce d’un début d’épidémie de grippe aviaire en France, les habitants des villes comme ceux des campagnes redoutent pour leur vie. Le communiqué du porte-parole de l’Élysée est alarmant : «…contre toute attente, le virus H5N1 a muté et s’est propagé dans l’Hexagone. Plusieurs décès sont recensés dans de grandes villes comme Marseille, Lyon et Paris, mais aussi dans des régions plus désertifiées comme le Centre ou la Champagne-Ardenne. Le Gouvernement met tout en œuvre pour obtenir des masques et des comprimés de Tamiflu. Plus que jamais, il est demandé aux éleveurs d’enfermer leurs volailles et aux consommateurs d’exiger une traçabilité des viandes achetées… » Le porte-parole termine son exposé en affirmant : « …Le Gouvernement s’étonne de cette apparition brutale de la grippe aviaire dans le pays alors que toutes les précautions ont été prises pour préserver les Français d’un risque de pandémie de cette maladie originaire des pays asiatiques. Les personnes qui ont été en contact avec des victimes du H5N1 devront se faire connaître et bénéficieront d’examens gratuits, de traitements au Tamiflu si elles se révèlent contaminées … »
Partout dans l’Hexagone, les Français se posent les mêmes questions : « …de qui se moque le Gouvernement, que s’est-il passé de grave pour qu’il avoue aujourd’hui le risque de pandémie ? La grippe aviaire n’a pas pu arriver brutalement en France, d’ailleurs il y a déjà eu des morts ! Combien, nous ne le saurons jamais ! Qu’est-ce qu’on nous cache ? Avec tous les articles écrits dans les quotidiens et tous les reportages télévisés depuis la découverte de contaminations d’oiseaux dès deux mille cinq en Roumanie, en Turquie puis en Grèce, comment le Gouvernement a-t-il pu refuser l’arrivée de ce fléau chez nous, pourquoi s’est-il voulu rassurant en minimisant le risque de transmission à l’Homme puis entre les Hommes ? Des sommités françaises du monde médical l’avaient pourtant craint ! » Bien sûr, ces questions qui brûlent les lèvres des Français, et bien avant eux celles de leurs voisins européens touchés progressivement par la grippe aviaire, restent pour l’instant sans réponse. La France est divisée en deux entre les fatalistes qui redoutent une épidémie sans précédent avec des millions de morts et les optimistes qui refusent une pandémie et pensent que seules les personnes déjà affaiblies pourraient décéder. La grippe aviaire, la pandémie, le H5N1 sont présents dans toutes les discussions, en famille et au travail, au Gouvernement et à l’Eglise, à la ville et à la campagne.
Natacha Liescut a appris la triste nouvelle mais elle n’est pas surprise : elle avait pressenti ce péril depuis plusieurs mois. Elle n’est pas satisfaite, pour une fois elle aurait voulu se tromper. Depuis que sa mère avait fui la Roumanie et l’avait entraînée, encore bébé, dans cette cité de l’Indre où elle a grandi, Natacha n’a pas cessé de développer son sens intuitif. Enfant, elle avait ressenti une différence avec ses camarades de classe et elle croyait alors que sa mise à l’écart était due à son origine étrangère, au fait que sa mère ne parlait alors pas un mot de la langue de Voltaire. Mais au fil des années cette dernière réussit son intégration et des gens de toute la région venaient la supplier de les aider. Son rôle revêtait quelque chose d’anachronique : comment pouvait-elle être consultée par des personnes redoutant un sort, le mauvais œil, à la fin du vingtième siècle, à deux heures de Paris ? Pourtant les patients reconnaissaient les pouvoirs de celle qu’ils appelaient respectueusement « la Roumaine » et affirmaient que de nombreuses régions de France possédaient encore leurs sorciers et leurs jeteurs de sort, en Bretagne mais aussi dans le Gévaudan, le Beaujolais… Natacha, quant à elle, travaille depuis l’âge de seize ans dans une mégisserie de luxe, vestige de ce qui fut la renommée de cette cité médiévale, qui ne conserve aujourd’hui plus qu’une porte fortifiée et les ruines d’un château fort. Á vingt ans, elle refusa de prendre la suite de sa mère dans la chasse aux sorcières lorsque cette dernière décéda, mais les villageois l’appelèrent aussi « la Roumaine », par crainte et par respect pour la défunte.
Natacha est triste. Les habitants de Levroux, surnommée pompeusement « la ville » en opposition aux multiples hameaux des alentours cruellement désertifiés, se sont réunis sans la convier à leur débat. Elle a compris que le spectre de la grippe aviaire n’était pas le seul sujet à débattre pour les citadins. Elle croit entendre quelques personnes l’accuser de sorcellerie et ordonner sa disparition. Nul doute qu’au Moyen-Âge elle aurait été condamnée au bûcher. Aujourd’hui, elle est seulement traitée de folle par ceux qui la redoutent. Elle a ressenti de la méfiance de la part des ouvrières de la mégisserie, elle a surpris des discussions sur elle. Lorsqu’elle regagne son appartement, elle découvre des tags sur sa porte et ses volets. En détaillant plus les graffitis, elle trouve des scènes de violence stylisées, comme la lapidation d’une femme, la mort sur un bûcher. Les messages sont clairs, sa présence est indésirable pour quelques habitants de « la ville », qui la rendent responsable de l’épidémie. Personne ne l’accuse ouvertement, la franchise n’est plus de pratique courante.
Natacha hésite : elle est choquée par les tags qu’elle ressent comme une agression sauvage. Avoir détérioré son domicile d’une manière aussi voyante revient à avoir blessé « la Roumaine » dans son intimité. Elle se sent injustement attaquée, elle ressent ce qu’ont dû endurer les Juifs lors de la dernière guerre mondiale, lorsqu’ils ont dû porter l’étoile de David comme distinction raciale, ce qui les abaissait à une race inférieure. Aussi Natacha ne sait pas comment réagir, doit-elle disparaître et laisser les citadins croire en sa responsabilité dans l’épidémie naissante ? C’est certainement ce qu’aurait fait sa mère pour fuir un combat qui n’était pas égal entre elle et une population proche de l’hystérie. Mais Natacha refuse d’abandonner aussi facilement trente années de sa vie, elle est persuadée que les habitants de « la ville » ne sont pas tous contre elle. Combien doivent-ils leur salut à sa mère qui les a libérés d’un mauvais sort, d’une malédiction prononcée parfois par un voisin ou un proche ? Maintenant ceux que sa mère avait combattus, les sceptiques et les incrédules ne veulent plus d’elle et oeuvrent dans l’ombre pour la chasser.
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Concrètement, que pouvez-vous faire ?
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Ce livre paraît sous forme de feuilleton électronique à partir d’avril 2006.
Il sera « matérialisé » si vous en faites le souhait par une .
Entrez donc dans un futur qui est peut-être proche !
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